Le site du Journal s’est beaucoup enrichi cette semaine et le rythme des mises à jour s’accélère. La rédaction s’en réjouit ! Ce sont des présentations de classe, de belles créations et surtout les réactions des lecteurs qui lui parviennent. Signe que tous les élèves entrent bel et bien dans la mission qui est la leur : devenir jurys du Goncourt des lycéens. Mais au fait, en quoi consiste cette mission de critique ? Lilian, élève de la classe-journal au lycée Renan de St Brieuc, propose sa vision :

Les doigts fermement repliés sur son crayon, la tête pleine de bruit et de fracas, le critique littéraire s’apprête à coucher sur le papier tout ce qu’il a ruminé sur le livre dont il vient de tourner la dernière page. Le constat est dur : le critique a détesté cette œuvre, il va s’en expliquer et ne sera pas tendre. Ses mots aiguisés lacéreront non seulement le livre, son intrigue et ses personnages, mais atteindront aussi son auteur, qui y a travaillé avec coeur pendant des mois, parfois des années, avant de le proposer humblement aux lecteurs.

Alors, le critique est-il condamné à n’être qu’une horrible personne, tourmentant les écrivains et leurs productions ? Si, au contraire, le critique se contraint avec bienveillance à ne relever que du positif, ses critiques seront-elles vraiment justes et intéressantes ? Décidément, le critique a du mal à savoir sur quel pied danser. Pourtant, ni les auteurs, ni les lecteurs, ne peuvent se passer de lui, le critique est celui qui élève le débat, qui s’intéresse aux textes au-delà des simples bilans “J’ai bien aimé”, ou “Qu’est-ce que c’était ennuyeux !”.

Car il revient au critique une mission d’une importance de taille : celle d’expliquer pourquoi il a aimé un texte, ou pourquoi il l’a trouvé ennuyeux. En somme, le critique est un danseur qui, par la grâce de ses mouvements, démontre la cohérence et la beauté d’un texte, qui est comme la musique sur laquelle il évolue. Le critique littéraire doit faire confiance à l’œuvre, il doit se montrer curieux de ses spécificités, il doit en premier lieu dire pourquoi “Tanguy Viel, c’est Tanguy Viel, alors que « Maria Pourchet, c’est Maria Pourchet.”

Le critique ? Un funambule

C’est à partir de cette recherche, celle des singularités artistiques du texte, que le critique peut poursuivre son exploration littéraire au sein du livre, et découvrir une architecture pleine de sens, des personnages riches, des détails foisonnants qui ont, bien sûr, une certaine valeur pris isolément, mais ne révèlent leurs vrais trésors qu’une fois que le critique a découvert le réseau qui les unit et qu’il est parvenu à montrer que le texte est un édifice plein de cohérence, de sens et de beauté. Le critique, en définitive, a une mission à la fois très simple et très compliquée : expliquer pourquoi le texte qu’il a sous les yeux est un roman, et pas n’importe quelle prose, article de journal, rubrique encyclopédique, ni n’importe quels mots placés les uns après les autres par un écrivain qui ne sait ce qu’il fait.

A présent, c’est à vous de jouer et de porter avec fierté l’étiquette de critique littéraire, tandis que tous les auteurs et les lecteurs s’associent pour vous souhaiter de bonnes aventures dans les romans que vous découvrez et approfondissez.