L’auteur de Héritage, rencontrant Maël et Léandre pour le JdGdL, terminait son interview sur sa chance. Sur la chance qu’il avait d’être dans une librairie de Rennes, à parler de son roman avec ses « amis » du JdGdL. Et cette chance, poursuivait-il, celle d’être écrivain aujourd’hui, il la doit à ceux qui ont ouvert leurs frontières. Il doit sa bonne éducation à l’accueil, il y a un demi siècle, de son père réfugié du Chili. Et, comme pour son père autrefois, de jeunes garçons et de jeunes filles à qui on ouvre les frontières seront les prochains astrophysiciens, les prochains médecins, les prochains écrivains demain. Et peut-être viendront-ils raconter leur histoire, comme lui, a-t-il conclu.

Raconter des histoires, c’est aussi ouvrir des frontières. Et les romans du Goncourt des lycéens 2020 ouvrent ces frontières.

Les livres abattent les frontières
Les livres abattent les frontières

C’est que les histoires que nous découvrons bouleversent notre petit confort, repoussent les murs de la vision sécurisée de notre univers. C’est en tout cas ce qu’a compris Typhaine dans son très bel article sur Les Impatientes de Djaïli Amadou Amal que vous trouverez dans la rubrique Votre avis nous intéresse : « Parce que cette réalité est loin de nous, nous la laissons dans l’imaginaire. Mais elle est aussi réelle que vous et moi. »

Ainsi les livres opèrent leur charme, poussent les murs de notre imaginaire, nous font pénétrer dans les réalités des auteurs du Goncourt des lycéens. Et, comme Alain, on a le sentiment de "fuir avec Thésée dans sa quête pour une nouvelle vie". On est touché par l’amour d’Irène Frain pour sa soeur Jasmine, comme l’est Ancolia. On « s’attache à Zohar, à Lucien, à Aaron » de La Société des Belles Personnes, comme Lou. On aime comme Manon « revisiter malicieusement ce temps où le roi consacrait plus d’importance à sa maîtresse qu’à sa cour ou la politique » dans La Chambre des Dupes de Camille Pascal. On se reconnait dans le narrateur de Yoga d’Emmanuel Carrère, comme Gilles. « Accros à l’astronomie, attirés par l’aventure, la découverte, sensibles à l’amour d’une mère pour son fils », on aime L’Enfant Céleste de Maud Simonnot comme Jules. Et puis on se plait à « analyser le règne d’Hassan II à travers un narrateur-protagoniste et de multiples anecdotes » dans l’Historiographe du Roi de Maël Renouard comme Benoît.

Et puis d’autres fois, ce sont des mots du roman qui marquent, « Saturne, planète de l’automne et de la mélancolie. Seul lieu où je peux habiter », note Jessica parmi les phrases qui l’ont touchée dans le roman de Sarah Chiche. Et Margot retient cette phrase sur la précarité des danseuses de Chavirer de Lola Lafon, « Ces danseuses-là, qui travaillaient pour des émissions de variétés, étaient des ouvriers de l’art, sans gloire. »

Et puis il y a Lou qui aime Les Funambules parce que le roman donne la parole « à ceux qui gardent le silence, à ces bénévoles agissant dans l’ombre, à toutes ces personnes vulnérables et invisibles qui luttent chaque jour ». Ou encore il y a Jade, elle aime le style de Jean-Pierre Martin auteur de Mes fous parce qu’il lui fait penser à celui d’un auteur qu’elle apprécie beaucoup : Albert Camus.

Mais pour finir, il y a Typhaine qui se dit, à la fin de sa lecture de L’Anomalie  : « les lettres du récit tombent dans mes mains sans que je ne puisse les rattraper, alors je referme le livre pour ne pas les perdre à jamais ». C’est alors qu’elle se met à imaginer comment elle réagirait si, elle aussi, elle rencontrait son double

Car les livres ont ce pouvoir : nous conduire sur des chemins de vies parallèles afin d’explorer ce qui nous est encore inconnu. D’ailleurs, Manon à la lecture de Un crime sans importance a retenu ces mots d’Irène Frain, « Je dois aux livres ma victoire contre le silence. Ce sont des passeports. Ils abattent les murs, les remparts, les frontières, toutes les barrières que les humains ont inventées pour s’ignorer, se déchirer. » Les livres permettent de mettre des mots à ce qui est encore inaccessible. Alors, enfermés dans nos livres, continuons d’abattre les frontières.

Vous retrouverez l’intégralité de l’interview de Miguel Bonnefoy à la rubrique interviews des auteurs du GdL.

Vous retrouverez les avis de lecture de Manon, Typhaine, Alain, Ancolia, Lou, Gilles, Jules, Benoît, Jessica, Margot et bien d’autres jurés des classes GdL dans la rubrique Vos avis nous intéressent.

Et puis allez lire l’amusante vie parallèle imaginée par Typhaine ainsi que beaucoup d’autres créations originales dans Vos plus belles créations.

Bien entendu, nous attendons vos articles, vos images, vos sons, vos vidéos, portés par l’inspiration des romans. Bon voyage, bonne plongée dans vos livres !