Typhaine, du lycée Charles et Adrien Dupuy du Puy-en-Velay, nous livre son avis sur sa lecture des Impatientes de Djaïli Amadou Amal, et cet avis est fort, poignant, sincère. Nous sommes impatients de le partager avec vous.

« Comme ce couple qu’on marie

En plein cœur de l’été

Qui se jure leur amour

Sous le regard de leur foi

Un bonheur que l’on saigne

Qui ne vivra que sans voix »

Ridan, Les Fleurs.

Les Impatientes, c’est une histoire forte, un roman vrai.

Mais quand tout se passe loin de notre Europe, nous n’y pensons pas tous les jours. Parfois, une information passe, « mariage forcé ». Tout le monde est triste pour ces hommes et ces femmes, s’écrie au crime, mais personne ne fait rien d’autre que de crier pendant quelques jours puis on retourne au mutisme. Ici, dans cette France, nous pensons que personne ne peut être marié de force. Parce que cette réalité est loin de nous, nous la laissons dans l’imaginaire. Mais elle est aussi réelle que vous et moi.

Avant, j’étais comme vous. Je n’y pensais jamais. Je voyais « mariage forcé », oui c’est triste, mais à quoi bon, ce ne sera jamais mon quotidien. J’étais seulement triste de me dire que certaines et certains ne pouvaient pas choisir qui épouser, ne pouvaient pas choisir qui aimer ou ne pouvaient pas choisir de vivre sans être marié. Je ne pensais pas à l’arrière-plan de leur vie, ce que ces femmes qui n’ont pas le droit d’avoir le choix pouvaient vivre en étant mariées sans leur consentement. Je pensais que c’était uniquement la faute de leur religion et ses préceptes qui étaient suivis de trop près par leurs pratiquants. Je pensais : « oui, c’est triste mais c’est comme ça ». En fait, je ne pensais pas vraiment.

Je ne réfléchissais pas, c’était juste des idées qui me traversaient en de rares occasion. Mais en fermant ce livre, je me suis dit : « ce, ce n’est pas une triste réalité, c’est le monde cruel ». En lisant : « Mariée à 17 ans, elle a connu tout ce qui fait la difficulté de la vie des femmes au Sahel », je me suis dit : « c’est actuel, il n’y a rien de plus vraisemblable, c’est présent autour de moi. Ce ne sont pas que des histoires ». Alors j’ai été révoltée. Révoltée d’être protégée contre ça, révoltée qu’on n’en parle pas. On ne parle que de ce qui nous touche. Mais en lisant ce livre, et ces mots, je me sentais spectatrice de ce malheur, de ce crime. J’étais seulement témoin, sans pouvoir faire quelque chose pour aller contre ces violences.

J’ai été écœurée par cette vérité qui m’a prise à la gorge avec une vitesse fulgurante. Je n’ai pas eu le temps de penser à toutes les horreurs que les femmes subissaient, qu’elles se déroulaient devant mes yeux sans que je puisse intervenir pour les sauver. Alors je me suis sentie touchée. Toutes mes protections, tous mes privilèges de Française bien née, bien nourrie se sont écroulés devant moi et je me suis retrouvée à la place de ces femmes mariées par leur père sans pouvoir dire non. J’ai ressenti toute la douleur d’entendre dire « patiente, patiente encore » mais que faut-il attendre ? Qu’attendent ces femmes ? On leur dit d’attendre sans arrêt.

Leur vie n’est pas vécue, elle est passée. C’est une continuelle attente de la fin dans l’angoisse de se voir mettre à la porte, dans l’angoisse de voir son mari se remarier de nouveau, dans l’espoir d’un futur plus clément, d’un paradis accueillant. Mais on ne peut plus rester témoin de ces sacrilèges que s’autorisent les hommes. J’admire Djaïli Amadou Amal d’avoir retranscrit cette réalité avec tant de précision, de sentiments dans une écriture magnifique, malgré la tragédie de l’histoire.

Je la remercie de m’avoir fait prendre conscience que tout ça n’était pas que le cauchemar d’un autre monde.

Typhaine.