« Prosopopée », c’est quoi ça ? Deux élèves de Première du Lycée Simone Veil de Liffré (Ille-et-Vilaine, 35) font parler le roman de Tanguy Viel, La fille qu’on appelle. Oui, oui, elles le font parler : avec leurs mots, le roman prend la parole pour se présenter et vous donner envie -ou pas…- de le lire.

Enchanté, moi c’est La fille qu’on appelle. Je suis un livre assez court, mais je suis plutôt difficile à lire, car mes phrases sont longues, très longues, parfois trop longues. Pour me lire et pouvoir m’apprécier, il faut vraiment être concentré car je peux vous perdre dans les méandres de mon récit ! Parfois, j’ai même besoin d’être relu parce que votre attention et vos pensées s’écartent de ce que je vous raconte, ce qui fait que vous, lecteurs, n’êtes plus concentrés. De plus, il y a certains moments où j’essaye de transmettre des émotions, notamment de la tristesse, mais comme vous me trouvez passif, vos yeux s’enfuient de gauche à droite sans y prêter attention. C’est vrai que je ne peux être au goût de tout le monde, et je suis quand même heureux de plaire à certains. J’aborde tout de même un sujet important, qui est la domination et le viol. Entre mes pages vous pourrez en apprendre davantage ! Si vous voulez en savoir plus, consultez-moi ! (Texte de Léa S.)

Moi, roman participant au prix Goncourt, je suis particulièrement intéressant. Cependant, je peux aussi être très agaçant. En effet, les sujets que j’aborde sont malheureusement toujours d’actualité et, parce qu’ils sont souvent ignorés, représentent un vrai problème. Agressions sexuelles, viols, abus de pouvoir, oui c’est tout ce dont je parle et avec une grande sincérité. En laissant vos yeux se promener sur mes pages, vous comprendrez que mon histoire parle d’une jeune femme, Laura, fille de Max, chauffeur du maire de sa ville et ancien boxeur qui s’apprête à remonter sur le ring. Elle va déménager dans cette ville bretonne, pour trouver un logement et un travail ; service que Max a demandé au maire pour elle. Mais malheureusement, ce dernier va profiter de son pouvoir pour faire subir d’horribles choses à Laura. Si je peux parfois paraître dur, c’est parce que je veux que vous vous sentiez touchés, concernés voire heurtés. Mais pour autant, il est vrai que certaines personnes peinent à ressentir des émotions à me lire ; à force de chercher à me comprendre, on est finalement davantage pressé d’en finir avec moi que de me lire avec les larmes coulant sur les joues. Ouvrez grands vos yeux et restez concentrés, car avec moi jamais vous ne vous ennuierez. Certes, il est possible que mes interminables phrases vous fassent dérailler, donc ne laissez pas vos pensées s’égarer ou vous risquez d’y passer une éternité. Les gens qui me lisent remarquent d’ailleurs très vite que je suis limité sur le plan de la ponctuation et que je suis sans repères de temps : voici encore de quoi vous perdre ! Ne vous fiez donc pas aux apparences, elles sont trompeuses : si je semble petit et léger d’après mon esthétique, mon contenu ne l’est pas et avec vous je n’aurai aucune pitié . Mon titre aurait pu être, pour toutes ces raisons, Labyrinthe. Mais non, moi c’est La fille qu’on appelle. (Texte de Léa W.)