Contribution de Mme Andreucci, professeur documentaliste, et de Mme Inzani, professeur de français-littérature, au lycée Anguier à Eu (76).

 

« Il nous a semblé évident dès le lancement de l’opération que plus le projet serait élargi à la communauté éducative dans son ensemble – enseignants, personnels de direction, vie scolaire, intendance, agents, parents – plus les jeunes se sentiraient concernés. Des efforts ont donc été faits pour faire connaître le Goncourt des lycéens à tous et inciter à la lecture le plus grand nombre possible d’adultes. »

 

Au lycée

 

Matériellement, nous avons donc décidé de ne pas attendre la livraison des six séries envoyées par la Fnac, et d’acheter sur le budget du CDI deux séries supplémentaires destinées aux adultes. L’une a été enregistrée au CDI pour un prêt traditionnel, l’autre déposée dans le casier du professeur de lettres, pour un emprunt immédiat et informel. En outre, d’autres enseignants se sont réparti plusieurs titres qu’ils ont achetés personnellement pour assurer une rotation encore plus efficace de tous les titres.

Nous avons pris soin de rendre visibles les actions en choisissant pour espace de lecture une salle vitrée donnant sur la cour, et en organisant des séances de lecture sur les pelouses pendant les heures de français, au moment où tous se rendaient à la cantine.

Nous sommes, dès le début, passés dans tous les bureaux pour proposer de participer à l’opération. Un document présentant les ouvrages avec un résumé succinct a été distribué, permettant à tous de pouvoir faire des choix. Nous avons précisé les modalités d’emprunt et lancé des invitations aux tables rondes dans notre gîte.

Ainsi, il est très vite apparu qu’il n’était pas facile de se procurer l’ouvrage de son choix. Le casier était toujours vide, et il fallait le plus souvent se lancer dans une véritable chasse aux livres, assortie de tractations pour les échanges aux récréations. Cet aspect ludique a donné une véritable dynamique et créé l’émulation.

Notons enfin que des élèves d’autres classes se sont mis à lire ces ouvrages qui étaient au centre de bien des conversations (essentiellement Charlotte, On ne voyait que le bonheur et L’Amour et les Forêts).

 

Les parents

 

Il fallait aussi, selon nous, impliquer au maximum les parents. D’où le lancement officiel de l’opération dans l’amphithéâtre par notre proviseur, en présence des parents qui avaient tous été invités. Nous avons rappelé à quel point il était important qu’ils accompagnent leurs enfants dans leurs lectures, en entrant aussi dans le projet. Nous les avons invités à nous rejoindre pour les tables rondes.

Les mamans ont parfois acheté les livres – les libraires avaient été prévenus – et souvent emprunté ceux de leurs enfants ou des deux bibliothèques partenaires. Certaines ont participé aux tables rondes et aux rencontres dans les bibliothèques. Toutes ont confirmé le plaisir qu’elles avaient pris à participer à cette opération, à la fois pour leur enrichissement personnel et pour les échanges qu’elles avaient pu avoir avec leurs enfants.

 

Témoignages

 

« La soirée passée avec la classe de première L au gîte d’Incheville et les discussions animées entre élèves et adultes présents ont été une motivation pour lire dans la foulée quelques-uns des romans sélectionnés : Constellation (dans un style que j’ai trouvé trop factuel et journalistique à mon goût), On ne voyait que le bonheur (j’avais adoré La Liste de mes envies, j’ai moins adhéré à ce second livre). Je ne suis pas étonnée du choix des élèves, Charlotte, qui raconte aussi une histoire touchante. Il me reste encore quelques projets de lecture de cette sélection… Vivement les (grandes…) vacances. La dynamique créée par les professeurs autour de ce projet a su fédérer la classe et sera sans doute, pour les élèves concernés, un très bon souvenir "scolaire" ! »

Nathalie Maraton, proviseure adjointe

 

« J’ai lu Charlotte, que j’ai acheté, On ne voyait que le bonheur et La femme qui dit non, que l’on m’a prêtés, ainsi que Meursault contre-enquête, que j’ai eu au CDI. J’ai eu l’occasion de parler des trois premiers avec des amis et les collègues, mais pas du dernier, que personne n’avait lu… J’ai eu du mal à le finir, car traînant trop en longueur. Je n’ai pas non plus vraiment apprécié Charlotte, que j’ai lu après l’attribution du Goncourt. L’histoire était intéressante, mais un “je-ne-sais-quoi” ne m’a pas enthousiasmée. En revanche, j’ai adoré les deux autres qui correspondent davantage au genre de livres que j’aime lire. Histoires intéressantes, avec pour La femme qui dit non un brin de faits historiques, une femme de caractère, etc. Et pour le livre de Delacourt, tous les ingrédients réunis pour une lecture facile et passionnante. Quant à cette participation de nos "gamins" au Goncourt, c’est le genre d’expérience que, en tant que gestionnaire, j’aime mettre en place. Le fait qu’ils aient apprécié me ravit. »

Marie-Hélène Derrien, intendante

 

« Je regrette de n’avoir pu assister aux débats pour le choix de l’ouvrage primé, mais j’y ai participé à ma façon en lisant l’ouvrage de David Foenkinos, Charlotte. J’ai apprécié ce livre qui m’a permis de découvrir ce personnage que je ne connaissais pas ; je l’ai trouvé bien écrit, même si cette écriture m’a paru plutôt inhabituelle et insolite. Pour moi, ce prix Goncourt des lycéens est une initiative originale et innovante qui encourage le goût et l’envie de la lecture chez nos jeunes lycéens et leur permet de s’exprimer librement. »

Sabine Bourgois, assistante sociale

 

« Comme j’ai aidé Mme Inzani à envoyer les dossiers et les courriers pour le Goncourt des lycéens, je lui ai dit dès le début que je trouvais que c’était une expérience très intéressante pour les élèves. Mme Inzani m’a répondu qu’il fallait que je lise moi aussi les livres. “Va dans mon casier”, m’a-t-elle dit, “sers-toi dans les romans, c’est le jeu acheté par l’établissement pour les professeurs et les autres adultes du lycée”. Comme j’aime bien lire, je suis allée chercher un roman du Goncourt dans la salle des professeurs. J’ai commencé par On ne voyait que le bonheur, que j’ai adoré. Ce récit nous ramène, nous les lecteurs, par les expériences de vie qu’il raconte, à des sentiments que nous avons éprouvés dans nos propres vies. C’est pour cela qu’il est si émouvant. Ensuite, j’ai pris Pas pleurer, que j’ai commencé mais pas terminé. Par manque de temps mais aussi parce que je n’ai pas vraiment “accroché”. Le début du roman est trop lent, trop descriptif. Les professeurs qui participaient au projet étaient à la recherche d’un encadrant supplémentaire pour les nuits. Je me suis proposée, l’idée me plaisait bien. Cela me faisait plaisir de rendre service et, aussi, j’étais curieuse de voir comment le séjour lecture se passerait. Je ne regrette pas du tout d’avoir participé aux soirées dans le gîte. J’aurais même aimé pouvoir rester tout le temps, en journée, comme cela, j’aurais eu du temps pour lire moi aussi les romans ! J’ai trouvé l’ambiance excellente, les élèves étaient très gentils. Je pense que ce stage leur aura fait beaucoup de bien parce qu’ils ont appris à vivre en groupe et à s’imposer une certaine discipline dans le travail. Ils ont pu se préparer aux épreuves anticipées du bac et ont profité de la présence des trois professeurs qui étaient là pour les guider. J’ai bien aimé les tables rondes. L’élève qui menait la discussion à ma table s’est vraiment bien débrouillée et j’ai trouvé très agréable que tous les avis puissent s’exprimer et être écoutés. C’était intéressant d’observer les élèves dans un autre cadre que le lycée. D’ailleurs, en parlant de cadre, le lieu choisi pour la retraite était vraiment très joli. Pour moi, c’était même presque l’endroit idéal pour se ressourcer. Même s’il y avait beaucoup d’élèves, il se dégageait une impression de sérénité, de calme apaisant. Je suis sûre que les élèves garderont le souvenir de ce séjour toute leur vie. »

Véronique Delignières, secrétaire de direction

 

« Si j’ai participé au Goncourt des lycéens dans l’établissement, c’est la “faute” de Mme Inzani qui a une grande force de conviction et m’a poussée à lire des romans de la sélection. J’ai beaucoup apprécié de pouvoir partager avec les élèves, notamment au moment des tables rondes. Pour moi, c’était un moment spécial, à part, et j’ai pu découvrir les élèves et les professeurs sous un autre profil, dans un lieu différent du lycée. C’était une expérience unique. Par contre, j’ai trouvé très contraignant le temps limité pour lire les romans. J’ai lu On ne voyait que le bonheur, que j’ai beaucoup aimé, malgré la réticence éprouvée face aux actes commis par le héros. Pour moi, ce roman est très bien écrit, plein d’optimisme et de foi en la vie, ce que j’ai trouvé très beau. J’ai lu aussi Charlotte mais je l’ai moins aimé. Pour moi, ce roman est trop confus et déchirant à la fois. Surtout, je n’ai pas ressenti tout le drame de cette époque-là à travers le seul personnage de Charlotte. Le roman est trop centré sur elle. »

Ève Mangon, secrétaire de direction

 

« J’ai lu plusieurs romans de la sélection, poussée par le bouche-à-oreille. J’ai lu par exemple L’Ordinateur du paradis que tout le monde me présentait comme un livre hilarant mais, personnellement, je n’ai pas trouvé le livre si drôle que cela même s’il avait effectivement un côté léger. J’ai lu On ne voyait que le bonheur, dont il était beaucoup question dans les discussions autour de moi. C’est un beau livre, c’est sûr, à deux voix, assez déchirant et qui vous fait verser une petite larme à la fin, comme tout le monde, même si on a du mal à comprendre l’acte du papa. J’ai lu Charlotte parce que les avis que j’entendais étaient très partagés, les gens adoraient ou détestaient, et je voulais me faire ma propre idée. J’aime aussi beaucoup lire des histoires de cette époque-là. Personnellement, je fais partie de ceux qui ont aimé Charlotte. J’ai voulu en savoir plus sur Charlotte Salomon et j’ai découvert ses œuvres sur Internet. Mais, bizarrement, alors que le roman m’avait beaucoup émue, les peintures de Charlotte Salomon ne m’ont pas particulièrement touchée. »

Annie Clément, secrétaire de direction

 

« J’aime beaucoup lire et, quand Mme Inzani m’a parlé du Goncourt des lycéens, j’ai eu tout de suite envie de participer à cet événement avec les élèves. J’ai commencé par lire Charlotte, que j’ai aimé et que je suis très contente d’avoir lu, d’autant plus qu’il a remporté le Prix Goncourt des lycéens. Cependant l’atrocité de la guerre et la fin qui est triste sont vraiment difficiles à supporter. J’ai lu également On ne voyait que le bonheur mais j’ai trouvé le roman un peu glauque à mon goût. J’avais quand même envie de savoir ce qu’il allait se passer, page après page, et l’auteur m’a tenue en haleine. Je ne m’attendais pas du tout à l’événement tragique, quand le père tire sur sa fille, et, en quelques phrases, toute ma vision du roman a changé, je ne m’imaginais pas du tout ça. J’ai participé avec plaisir aux tables rondes car j’avais très envie de discuter avec les élèves. Honnêtement, les élèves m’ont impressionnée car ils avaient un très bon niveau pour parler des livres, on sentait qu’ils avaient travaillé sur le sujet, réfléchi, et qu’ils n’avaient pas pris à la légère leur participation aux tables rondes. Pour moi, le Goncourt des lycéens au lycée Anguier a été une très bonne expérience qui m’a donné envie de découvrir d’autres romans qui ont reçu le Prix. Parce que j’aime bien les histoires policières, j’ai emprunté au CDI La Vérité sur l’affaire Harry Québert, que je vais lire cet été. »

Myriam Vandersmissen, agent de loge

 

« J’ai lu L’Ordinateur du paradis de Benoît Duteurtre. Mon choix s’est porté sur cet ouvrage, ayant découvert l’auteur lors d’un reportage télévisé. J’ai fait le choix de participer à cette opération afin d’échanger avec ma fille et les autres lycéens sur le projet du prix Goncourt. Il me semblait intéressant de confronter nos avis. Je me suis donc rendue à une des tables rondes proposées pendant la semaine de lecture. Les différentes présentations des élèves m’ont donné envie de lire d’autres livres (je me réserve L’Amour et les Forêts pour mes vacances d’été) ! »

Séverine Pruvot, parent d’élève