Zoé, élève de Première au Lycée Jacques-Coeur de Bourges (Cher, 18), nous livre sa critique sur le roman Parle tout bas d’E. Fottorino : quelques réserves sur un roman prenant, mais qui ne l’a pas happée :

A-t-on vraiment envie d’en parler ?

C’est cette parole qui est au coeur du dernier livre d’Elsa Fottorino, Parle tout bas. Une histoire sensible et personnelle, écrite dans un style particulièrement intime. Cette autobiographie raconte comment surmonter la mémoire d’un viol subi à l’âge de 19 ans, de son point de vue d’adulte. Comment réussir à dépasser les événements, à se reconstruire ensuite ? Elsa Fottorino nous raconte sa version dans laquelle la justice n’est plus une option, et où l’on sait qu’il n’est plus question de vie mais de survie. « Mon retour parmi les vivants est un leurre. Je ne suis jamais rentrée de cette forêt. » Alors oui, une écriture bouleversante, une autrice touchante, et une histoire qu’il faut à tout prix raconter.

Mais… pourquoi cela n’a t-il pas marché ?

Eh bien c’est peut-être pour les mêmes raisons : on voit à travers le récit les émotions que l’autrice déverse sur les pages. Mais cette déconstruction du récit, qui n’a pas de plan, qui est comme un fil de pensée entre l’époque du traumatisme et la nôtre, ne nous permet pas de bien appréhender les événements. On sait, de plus, que ceux-ci sont innommables, mais ne pas mettre de mots précis sur le sujet finit par perdre le lecteur. Pendant tout le récit, on a d’ailleurs l’impression d’être nous-mêmes pris au piège de cette atmosphère de non-dits et de sous-entendus. Et c’est justement peut-être parce que l’autrice et la protagoniste ne font qu’une, qu’il est encore trop compliqué de raconter sa propre histoire, que ce roman ne parvient pas à nous happer. On peut notamment le voir à travers les personnages du père ou des soeurs, qui sont intéressants et plus ouverts que la protagoniste… On a envie de connaître leur version de l’événement, besoin d’un regard plus extérieur. Le récit livre toutefois un point de vue authentique sur la société et la manière dont sont traitées les victimes, notamment à travers la description détaillée des procédures d’interrogatoire. Mais là encore, lorsqu’on a envie de s’attacher à certains enquêteurs ou que l’on veut se rendre compte des problèmes dénoncés, la vision trop intime et pas assez détachée de l’autrice prend toute la place. On peut donc affirmer sans hésiter que ce roman, éprouvant et sous bien des aspects compliqué, peut toucher le lecteur… mais peut-il vraiment le bouleverser ?