Elève au Lycée Jacques Monod (Saint Jean de Braye, Loiret), Stella nous propose une critique nourrie du roman-fleuve de Philippe Jaenada, Au printemps des monstres. Attention si vous n’avez pas (pas encore !) lu le livre, l’avis de Stella dévoile le projet de Ph. Jaenada et la fin du roman…

« Il descend sous terre. Englouti par les monstres » écrit Philippe Jaenada à propos du petit Luc Taron dans son roman Au printemps des monstres. Publié en août 2021, ce roman documentaire, et également (partiellement) autobiographique, vise à rétablir la vérité sur une affaire considérée comme classée depuis soixante ans, l’affaire Léger/Taron.

Philippe Jaenada fait ici une enquête, qui deviendra au fil des pages une sorte de plaidoirie pour l’innocence de Lucien Léger, condamné en 1964 à la perpétuité pour le meurtre par strangulation du jeune Luc Taron, âgé de 11 ans au moment de sa mort.

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Les particularités dans l’écriture de l’auteur.

Premièrement, je pense que P.Jaenada capte l’attention des lecteurs en utilisant plusieurs procédés, que j’ai trouvés pour ma part assez intéressants.

Il a par exemple recours à des digressions de manière récurrente, qu’il construit avec une accumulation de parenthèses : selon moi cela pourrait être un moyen d’inciter les lecteurs à suivre le cours du récit. Car 750 pages, de manière objective, c‘est plutôt long. Cette longueur est due à la quantité énorme de détails que nous fournit l’auteur tout au long de l’histoire. Il a en effet fait le choix de la construire à la manière d’une enquête policière. Pour ce faire, il a accumulé une quantité remarquable d’informations, de matière à traiter (il a mis trois ans et demi afin de réussir à collecter assez d’informations et à parvenir à les exploiter correctement puis à les condenser (car oui, 750 pages de roman comparé à 30 000 pages d’informations, c’est indéniablement condensé, même si 750 reste un chiffre important)).

Puis, dans le même objectif de capter l’attention de ses lecteurs, de tous les âges, il utilise un langage adapté à tous les publics, et souvent même un langage familier, qu’il agrémente d’une touche d’humour la plupart du temps cachée sous des propos ironiques, afin de rajouter un peu d’auto-dérision tout en traitant un sujet aussi sinistre, abordé avec la subtilité et le sérieux requis.

Ressenti personnel sur le roman

J’ai tout d’abord trouvé ce roman très enrichissant : il m’a fait connaître ce fait divers autour de « l’Étrangleur » qui fit beaucoup de bruit à son époque. Selon moi, ce fut un drame si poignant, et qui dépasse les limites de l’entendement, qu’il faudrait n’avoir que peu de coeur pour ne pas s’y intéresser.

La tournure que le récit finit par prendre a également contribué à l’intérêt que je lui ai porté : car on peut remarquer que l’opinion de l’auteur sur l’affaire finit par changer au fur et à mesure qu’il rentre de plus en plus profondément dans les détails, et par conséquent, l’opinion des lecteurs finit également par changer dans le même sens. De manière plus explicite, au commencement Philippe Jaenada ne considère pas de manière catégorique que Lucien Léger soit innocent. Tandis qu’à la fin, il affirme qu’il pourrait mettre sa main à couper sur le fait qu’il ne soit pas le meurtrier de Luc Taron. C’est un retournement de situation que j’ai trouvé surprenant et également plutôt enrichissant : il nous permet, à nous lecteurs, de nous ouvrir l’esprit et de ne pas rester persuadés d’une affirmation fausse, même si elle est populaire.

Pour conclure, j’ai trouvé cet ouvrage aussi intéressant qu’enrichissant, malgré sa longueur et la lenteur de l’action à partir du premier quart de l’histoire. Selon moi la fin était à la hauteur du reste du roman, elle était poignante, touchante, et cela reflète parfaitement l’émotion et l’implication de l’auteur vis à vis des faits qu’il nous relate dans son récit.

Philippe Jaenada, par le biais de l’écriture, parvient à tuer l’image d’un monstre parmi les anges, pour la remplacer par celle d’un « ange parmi les monstres », ce qui relève à la fois de la philosophie (en l’occurrence, le relativisme) et de la poésie : je pense bien sûr à la formule de Baudelaire, dans Les Fleurs du mal

« Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or »,

A mes yeux, c’est une image tout à fait pertinente, qui offre matière à réflexion.