Mesurons l’opportunité qui nous a été donnée : une rencontre des quatorze auteurs, d’une durée appréciable de 30 minutes pour chacun, c’est réellement une chance ! Deux journées d’immersion, intenses certes, mais vraiment fructueuses : elles permettaient de réactiver les lectures de début octobre, de relancer celles qui sont encore en cours, et pour l’ensemble d’affiner l’approche ou la réception des textes.

Des textes ? Des œuvres, plutôt, car portées par leurs auteurs, elles devenaient vraiment œuvres, surtout vu le profil de la sélection 2020, marquée par la dimension personnelle de nombre de titres. Donc : grand merci aux sponsors, aux organisateurs, à l’animateur et son équipe, et aux auteurs, d’avoir joué le jeu malgré les conditions inédites et numériques ! Ces journées ont été l’occasion de rencontres avec les auteurs en compétition, mais aussi des élèves de toute la moitié nord de la France, et de leur travail : c’est intéressant de se confronter aux questions des autres lecteurs, souvent convergentes mais aussi parfois originales, singulières, audacieuses, humoristiques, graves…

Nul doute que nous aurons appris beaucoup de choses sur les œuvres, bien utiles pour préparer les délibérations et les critiques. Mais nous avons aussi découvert beaucoup sur la création littéraire, les coulisses de l’écriture, les relations avec les éditeurs, et la critique elle-même : l’art de poser une question, d’écouter une réponse, d’enchaîner, de se faire un avis, de glaner ou susciter une information… Le tout, d’ailleurs, avec les moyens techniques qui sont devenus notre réalité scolaire ces six derniers mois : ça s’apprend aussi, les visio-conférences, un œil sur « la scène », un œil sur le chat, les yeux dans les yeux avec la caméra quand on « monte sur scène », et puis les notes qu’on a préparées, éventuellement le livre à la main, sans oublier le masque sur la figure et la classe autour, alors qu’on a surtout envie de regarder l’écran et l’auteur à qui l’on « s’adresse »… Alors, c’est vrai qu’on a parfois eu l’impression d’entendre plusieurs fois les mêmes questions, qu’on a parfois eu un peu de frustration (« oui, moi aussi, j’avais pensé à cette question, fallait me donner la parole ! », « ah, quel dommage, on n’a pas parlé de ça, pourtant, c’était important ! »). Forcément, il y a des incontournables, des questions qui méritaient coûte que coûte d’être (re-)posées aux deux fois sept auteurs, et puis des choses qu’il faudra exprimer et discuter ailleurs : en classe, dans les critiques, ou lors des rencontres nationales, allez !

Le GDL place au cœur de son projet l’échange autour des œuvres, la réflexion sur la représentation et la vision du monde : à ce titre, le contrat est largement rempli grâce au jeu des questions et réponses avec les auteurs, qui ont accepté de se livrer sur les sujets d’actualité traités (des violences faites aux femmes à la folie ordinaire) ou les voies imaginaires offertes comme échappatoires ou comme sources de réflexion. Certains sujets pouvaient être graves, complexes voire austères, mais les auteurs ont été de réels passeurs, chacun avec leur personnalité.

Et quelles personnalités !! Il y a eu les exubérantes, les réservées, les frontales, les obliques, les charmeuses, les techniques, les attendrissantes, les chaleureuses, les modestes, les rêveuses, les fragiles, les résilientes, les savantes, les pédagogiques … Bref, une galerie de portraits mémorables qui incarnent désormais ces noms de papier sur lesquels il nous faudra bientôt voter… Une chose est sûre : il ne sera pas facile de répondre à cette injonction « Que le meilleur gagne ! ». Mais maintenant que ces noms sont aussi des figures vivantes, nous savons quelle est notre responsabilité et nous ferons de notre mieux.