Interview exclusive de Alfred De Montesquiou aux journées nationales à Rennes

Lundi 15 décembre 2025

Bonjour, je suis avec Alfred de Montesquiou, qui va vous parler de son livre Le Crépuscule des Hommes.

Bonjour. Bonjour Yann. Bonjour les filles.

Alors, est-ce que vous êtes bien dans ce prix Goncourt des lycéens ?

Bien ? Oui, oui, je suis bien. Je vous remercie. Je suis bien. Je suis content de vous voir aujourd’hui. Je trouve ça génial de rencontrer des lycéens. Ça a été pour moi une des grandes joies du prix Goncourt. Le prix Goncourt, c’est bien, mais le fait de… Enfin, le Goncourt des lycéens, c’est vraiment une grande joie. Il y a le Goncourt des détenus aussi. Et en fait, les deux sont formidables. C’est des publics qu’on ne connaît pas nécessairement quand on est dans sa vie de tous les jours. Moi, ce ne sont pas des gens que je rencontrais. Et en fait… Un livre est toujours co-écrit avec son lecteur et sa lectrice. Et du coup, de rencontrer des lecteurs et des lectrices, c’est vraiment un privilège. C’est vraiment un plaisir et c’est un privilège. J’en suis très très heureux.

Est-ce que justement, par rapport à ce prix, vous avez des événements qui vous ont plus marqué que d’autres ? Des rencontres que vous avez appréciées, qui vous ont étonné ?

Il y a plein de petites choses. Il n’y a rien de majeur, mais il y a plein de petites choses. Une chose qui m’a vraiment frappé, c’est la différence… d’appréciation, disons, d’intérêt même presque pour mon livre dans les régions de France. Et j’en ai tiré une leçon empirique que j’ai trouvée quand même très intéressante, qui m’a énormément frappé. C’est qu’en gros, les lycéens… Donc vous êtes en seconde, première, terminale, donc 15, 16, 17 ans. Les lycéens du nord et de l’est de la France… c’est-à-dire de la zone occupée par les nazis, s’intéressent beaucoup, beaucoup plus à mon livre que les lycéens en zone sud. C’est en zone libre. Et j’en retire quand même cette impression que l’histoire s’incarne encore très fort dans un territoire. Et que, par exemple, j’ai été très frappé par les lycéens à Lille, qui venaient du Nord, et les lycéens à Nancy, qui venaient de l’Est, et qui tous me parlaient avec les yeux qui brillaient de leur papy, de leur grand-mère, la résistance, la déportation, les malgré-nous. Et on sentait que l’histoire était très, très, très… vivante, l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en particulier, très vivante dans leur famille. Très vivante… Enfin, c’est partie de leur quotidien. Et ça, ça m’a vraiment frappé. Ça ne veut pas dire que les lycéens à Toulouse ou à Aix ne s’y intéressaient pas du tout, mais on sentait que ce n’était pas un sujet familial et brûlant. Donc ça, c’est vraiment une chose qui m’a frappé. Et sinon, l’autre chose… — L’autre chose, c’est l’enthousiasme, en fait. J’ai trouvé ça très sympa de voir l’intérêt, l’enthousiasme des lycéens. J’ai été très frappé par la différence entre un lycéen qui avait lu le livre et qui ne l’avait pas lu. Ça se voit tout de suite. Ils sont 300. Rien qu’au regard, on le voit. Et aussi, et ça c’est encore plus frappant, c’est un lycéen, une lycéenne qui lit une question qui a été décidée avec le prof et un lycéen qui lit sa question. Ça n’a rien à voir. Et ça se voit, mais ça se voit à 100 mètres.

Quelle différence avez-vous perçue entre un journaliste adulte et un journaliste enfant ou ado ? Parce que justement, là, vous aviez eu tout à l’heure des questions posées par des élèves. Quelle différence avez-vous ressentie ?

Alors là, franchement, aucune différence. Les questions des… Il n’y a absolument rien de naïf ou d’infantile dans les questions des lycéens. Vraiment absolument pas. Je dirais même… Non, non. Ça, vraiment, c’est exactement la même chose. Je ressens une différence entre les questions des lycéens ou des journalistes et des adultes en général et les questions des détenus. Là, je sens une différence. Là, oui. Et je me l’explique par le fait que leur… la lecture d’un homme qui n’est pas libre, quand on est derrière les barreaux, qu’on est enfermé, qu’on a perdu sa liberté, donc aussi un peu sa dignité, mais surtout sa liberté. Ça force à regarder le monde de manière peut-être un peu plus brûlante, un peu plus tragique peut-être même aussi. Donc là, il y a une différence. Les détenus, il y a une différence. Entre les adultes et les lycéens je ne vois pas de différence. C’est des questions très intelligentes, très pertinentes. Là, particulièrement aujourd’hui, c’était vraiment très juste. Non, voilà.

Est-ce que vous n’auriez pas trois mots pouvant décrire votre livre ?

Droit international, ça fait déjà deux, et révolution.

Merci.

Droit, révolution et… Droit, révolution, mémoire.

Merci pour cette réponse.

On va mettre un tiret avec le droit international. Le mec il gruge, il grappille un mot.

Est-ce que vous auriez quelque chose à dire aux personnes qui n’ont pas lu votre livre et que vous voudriez justement qu’ils puissent le lire ?

Un coup de pub, c’est ça ? Lisez mon livre ? Qu’est-ce que je pourrais dire ? Il y a une chose qui est importante pour moi. C’est que j’ai essayé de faire un livre – je crois que j’y suis parvenu – qui soit pas chiant et qui se lise comme un roman. Et l’idée, c’est qu’on s’informe sur le fond, mais dans la forme, on lit une histoire avec une histoire d’amour, avec des aventures, des péripéties. Et on n’est pas noyé dans une analyse factuelle. Et donc voilà, ce que j’ai à dire au potentiel lecteur ou à la potentielle lectrice, c’est que ce récit peut t’embarquer, t’amuser, je pense. Et tu ne seras ni noyé dans l’information brute, ni plombé par le fait que ce soit déprimant, que ce soit lié à la Shoah et tout ça. En fait, c’est une histoire de vie. C’est des journalistes dans une espèce de colonie de vacances face à un grand événement. Donc c’est très vivant.

Merci. Pourquoi avoir voulu écrire ce livre concrètement ? Pourquoi écrire ce livre ?

J’ai un peu expliqué aujourd’hui pendant la conférence. En gros, il y a deux grandes raisons. La première, le droit international m’intéresse énormément, m’a toujours intéressé parce que j’étais reporter de guerre. Donc quand on est reporter de guerre, on voit des guerres, c’est-à-dire on voit des crimes. La guerre, c’est toujours des crimes. Certains qui sont autorisés, des homicides autorisés, qui s’appellent la guerre. Et puis beaucoup qui ne sont pas autorisés, qui s’appellent les crimes de guerre. Et du coup, j’ai toujours été intéressé de retourner à la matrice de ce droit-là, qui est Nuremberg. Ça, c’est la première raison. La deuxième raison, c’est que je pense aujourd’hui que certaines choses sont un peu oubliées. Il y a une régression, en fait. Il y a une régression de beaucoup de choses, du droit international, de l’état de l’état de droit. Il y a un retour de l’antisémitisme. Il y a un retour d’une prime à la brutalité sur le droit, que ce soit chez Trump, chez plein de monde. Et je trouvais intéressant de remettre les pendules à l’heure, c’est-à-dire de montrer à quel point ces choses-là n’ont pas toujours existé. Ce sont des acquis. Et en fait, c’est des choses qui se conservent, se soignent, se maintiennent, se valorisent. Et je ne pense pas changer le cours de l’histoire avec mon livre. Mais si je peux contribuer à ce débat, à cette prise de conscience, à l’importance de ce moment dans l’histoire, j’en suis content.

Dernière question. Qu’est-ce que vous allez faire après le prix ?

Le prix pour moi, je ne l’ai pas gagné déjà. Donc ça ne change pas grand-chose pour moi. Donc en fait, l’après, il a déjà commencé. Là, je suis là pour vous voir, pour le plaisir de vous voir. Mais il n’y a pas un avant et un après aujourd’hui. Mon projet, là, c’est d’adapter l’un des héros de mon livre en roman graphique. Dans le livre, il y a Ernst Michel, qui est un jeune gars qui est déporté. Il est plus jeune que vous. Il a 15 ans. Enfin je sais pas quel âge vous avez. — 15 ans. — 15 ans. Bon, il a votre âge. Donc il est déporté par la Gestapo. Il va vivre 5 ans de concentration, puis Auschwitz. Et il va survivre à tout. Et ses parents vont mourir à Auschwitz. Il va finir journaliste à Nuremberg. Et en fait… Donc il traverse mon livre. Mais en réalité, c’est un personnage extraordinaire et je voudrais lui rendre justice. Et du coup, je vais faire un biopic, c’est-à-dire je vais faire sa biographie en bande dessinée. C’est mon prochain projet.

Très bien. Merci.

Merci à toi. 14 ans, t’es fortiche !

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